Le choix des manuels

Choisir un manuel n'est pas une démarche facile. L'enseignant doit trouver une cohérence entre les partis pris des auteurs d'un manuel et ses propres choix pédagogiques. L'offre éditoriale est multiple et l'enjeu est lourd de conséquences financières et pédagogiques : il s'agit d'équiper toute une classe d'un manuel qui servira des années

Témoignage :
"Le manuel est un outil. C’est simplement un outil professionnel, et toutes les professions et tous les métiers ont besoin d’outils. L’essentiel est de choisir le bon, c'est-à-dire celui qui est à sa main, et d'en connaître le mode d’emploi... Il y a une variété d’outils. Les éditeurs, et c’est leur fonction, sont les médiateurs entre la recherche et le terrain. Ils savent justement, grâce aux contacts fréquents qu’ils entretiennent avec vous et avec le terrain, que les situations d’enseignement sont variées, que les tempéraments des enseignants sont variés, et, donc, que le même outil pour tout le monde ne convient pas. La situation est identique du côté des enfants. Il existe des situations scolaires, des publics scolaires, et des enfants qui sont dans des contextes extrêmement différents. Alors, on pourrait prendre des exemples extrêmes : il n’est pas évident que, exactement, la même méthode de lecture soit forcément aussi bien adaptée, pour prendre un exemple géographique extrême, à l’île de la Réunion qu’à Paris. Voilà un type de question. Je dirais qu’il est important de connaître la variété des outils, de choisir le bon, et d'en lire le mode d’emploi".
Didier de Calan, responsable Primaire chez Nathan devant les élèves-inspecteurs le 2/6/2005

Par ailleurs, les manuels ne sont pas choisis de la même manière au primaire et dans le secondaire.
Au primaire, le choix se fait en équipe de cycle en fonction des crédits alloués par la commune. Selon la taille et le fonctionnement de l'école, le rôle d'arbitre du directeur aura une importance plus ou moins grande. Le rôle du conseil des inspecteurs et des conseillers pédagogiques est également variable. Le Conseil d'école, tel qu'il est prévu par les textes, a un rôle consultatif.

D'après l'étude Louis Harris réalisée pour Savoir Livre en mai 2004 :

  • 89% des enseignants se font conseiller par leurs collègues,
  • 69% par le directeur d'école,
  • 40% par le conseiller pédagogique,
  • 9% par l'inspecteur de l'éducation nationale et... 1% à l'IUFM !

72% des enseignants aimeraient être mieux formés et aidés pour choisir leurs outils pédagogiques

Dans le secondaire, les enseignants d'une discipline d'un niveau donné examinent ensemble, au sein du conseil d'établissement, les manuels. Ils n'en choisissent qu'un seul pour toutes les classes... ce qui n'est pas sans poser problème :

Témoignages :
" Les professeurs de collège et les professeurs de lycée se réunissent un jour en conseil d'enseignement. Il y a 3 manuels qui, finalement, restent en compétition. 3 professeurs préfèrent le manuel A qui est le plus progressiste dans sa façon de présenter les connaissances. Il existe aussi un manuel B qui est relativement conservateur et un manuel C qui est le résultat d'un un compromis. Que va-t-il se passer ? Il y aura 3 professeurs qui vont choisir le manuel A, 3 qui vont choisir le manuel B et comme ils sont 7, ce sera le 7e qui finalement se satisfait d'un ouvrage de compromis qui va emporter le choix. Ainsi, dans cet établissement où il y a 7 professeurs, il y aura 6 professeurs qui ne seront pas contents du livre qui aura été choisi et ils auront fait un choix pour 4 ans, 6 ou même 7, 8 ou 10 !"
Christian Travers - éditeur - Table ronde "le métier d'auteur" 27/3/96.

" Pour avoir participé dans des conseils d'enseignement à des choix de manuels, je peux dire que l'expérience enseigne la chose suivante : au mois de mai, on reçoit dans les établissements 10 manuels, on les regarde : "jolie couverture... ça a pas l'air mal...", "qu'est-ce qu'il a comme belles illustrations celui-ci !" et c'est comme ça que nous nous sommes retrouvés dans le collège où j'ai enseigné pendant 17 ans avec un manuel splendide, vraiment extraordinaire - à se mettre à genoux devant - dont on avait l'impression qu'après tout il était pas mal et au bout de 15 jours, plus personne ne s'en servait parce qu'effectivement à l'utilisation, on se rend très vite compte qu'un manuel est utilisable ou non... Maintenant, quand on a un petit peu l'habitude, c'est vrai qu'en passant par le sommaire, en regardant comment est construit un chapitre, comment est construite une séquence, quand on a l'habitude de regarder cela d'une manière un petit peu approfondie, on arrive assez vite à décrypter, celui où il y a 4 lignes et visiblement on n'en fera rien pendant une heure, celui qui remplace la démarche active qui interroge l'élève et qui l'amène à construire son savoir de celui qui fait un discours tout préparé que l'élève lira mais qu'est-ce-qu'il en tirera une fois qu'il aura lu le cours magistral...? ... Si l'on considère qu'un manuel est là, d'une part pour faire passer un programme, et d'autre part pour faire apporter des idées, je crois qu'à partir du moment où on a choisi un langage accessible, où la démarche est claire, on peut aussi apporter des choses que les professeurs ne connaissent pas encore et en profiter pour les initier à une nouvelle démarche et à leur donner envie de faire autre chose"
Auteur lors de la table ronde "le métier d'auteur" - 27/3/1996

Pour choisir le manuel qui correspond le mieux à ses besoins, l'enseignant peut utiliser une grille de critères, établie par l'Association nationale des Conseillers pédagogiques (ANCP) et Savoir Livre.

voir aussi : Conseils aux enseignants - Quelques questions à se poser avant de choisir son manuel

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