Le travail éditorial
A partir du programme officiel, l'éditeur définit la structure
et les dimensions de son projet éditorial. Il recherche des auteurs
et rassemble autour de lui une équipe composée d'enseignants
pédagogues de terrain, d'experts de la discipline, d'inspecteurs ou
de formateurs en IUFM...
Rédiger des manuels n’est pas une profession. Les auteurs sont
dans leur très grande majorité des enseignant(e)s qui consacrent
à cette activité une grande partie de leurs loisirs et de leurs
vacances. Ce sont les éditeurs qui choisissent leurs auteurs…
et réciproquement.
- "Un auteur doit être à l'interface entre la recherche
et la pratique quotidienne, c'est à lui de faire le lien entre les
deux. Il faut savoir que l'auteur, c'est quelqu'un qui lit beaucoup, énormément.
Je crois que mes collègues ne me démentiront pas. Nous essayons
de nous tenir au courant de tout ce qui se fait dans notre domaine et aussi,
dans tout ce qui se fait dans ce qu'on appelle maintenant la psychologie
cognitive, c'est-à-dire les processus d'apprentissage pour essayer
d'ajuster au maximum les manuels avec les possibilités des enfants
et l'état de la matière, du savoir qui est celui d'aujourd'hui."
Daniel Berlion - -Table ronde : "le métier d'auteur" -27/3/96
La priorité à donner à tel ou tel sujet, la manière
dont il sera traité... résultent d'un dialogue permanent, d'âpres
discussions voire de confrontations éprouvantes. C'est l'expertise
de l'éditeur qui va permettre d'aboutir - dans les délais -
à un produit qui répond au cahier des charges. Les documents
qui accompagnent la publication d'un programme constituent, lorsqu'ils sont
édités en même temps, une aide réelle car ils apportent
des précisions et des interprétations utiles.
La rédaction d’un manuel est aujourd’hui un travail d’équipe. La complémentarité des compétences, tant pédagogiques que scientifiques, est la règle. Aussi des formateurs ou des universitaires sont-ils généralement associés à l’équipe.
Le but de cette coopération : proposer aux enseignants et aux élèves un outil parfaitement adapté à leurs besoins, qui contienne tous les éléments utiles pour la mise en oeuvre du programme.
- "...Lorsqu'on construit un manuel - voire une collection c'est encore
plus difficile - il y a toute une stratégie à imaginer, tout
un plan d'ensemble à projeter dans l'avenir. Il faut savoir où
on va, pourquoi on y va, comment on va y aller ; c'est une conception par
exemple sur les 4 années de collège, c'est ensuite une démarche
que l'on retrouve au niveau de chacune des années que l'on conçoit,
et puis c'est encore une conception que l'on retrouve au niveau de chaque
chapître parce qu'en fait on doit toujours se poser la question de
savoir "Pourquoi je fais cela ?", "A quoi je veux aboutir
?", "Qu'est-ce-que les élèves vont apprendre et
comment je vais le leur apprendre ?".
F. Colmez Table ronde : le métier d'auteur 27/3/96
Chaque double page donne lieu à des formulations adaptées à
l'âge de l'élève, un vocabulaire qui enrichit celui de
l'élève sans le décourager. Documentaliste, iconographe,
maquettiste apportent leurs savoir faire car plus les repères visuels
seront clairs pour l'élève, plus il sera en confiance.
- "... On sort Un monde à lire*, et on l’a
expérimenté dans vingt-cinq classes pendant un mois, et dans
trois classes pendant toute une année à partir de photocopies
en couleurs. Enfin, il y a vraiment des tests en classes et en grandeur
réelle qui sont effectués. En outre, tous les textes sont
passés par des logiciels qui nous simplifient la vie et nous permettent
par exemple, de voir le nombre de mots nouveaux dans chaque leçon,
de calibrer les textes, etc. "
Didier de Calan devant les élèves-inspecteurs le 2/6/05
* méthode d'apprentissage de la lecture
L'éditeur s'en assure en soumettant le projet à de nombreuses relectures, à des tables rondes-"tests" avec des enseignants. Il tient compte de leurs avis et apporte maintes fois des corrections.
- " Dans nos équipes, il y a toute la palette du système
éducatif, nous avons des inspecteurs, des enseignants qui ont une
classe au quotidien ; de plus nous soumettons toujours nos projets à
des enseignants que l'éditeur détermine, qui relisent, qui
disent "non, ça, ça ne va pas passer". On ne lance
pas un produit comme ça, au hasard. On essaie d'ajuster au plus près
et si le langage, la démarche est trop loin de l'enseignant, on s'en
rend compte assez vite. Un bon manuel doit intriguer l'enseignant mais pas
l'inquiéter, c'est-à-dire qu'il doit se sentir en appétence
vis-à-vis de ce nouveau produit, ce nouvel outil mais il ne faut
pas que ce nouveau produit le place dans un doute vis-à-vis de ce
qu'il faisait auparavant et de ce qu'il pourra faire plus tard. Il faut
rechercher cette adéquation, c'est pour cela que nous sommes très
attentifs aux critiques, aux réactions. Nous allons énormément
dans les classes, nous écoutons les gens pour améliorer les
produits d'une année sur l'autre, d'une édition à l'autre"
éditeur - Table. ronde "le métier d'auteur" 27/3/1996