Savoi Livre-édition scolaire
L'édition scolaire et les programmes
Processus de production des manuels scolaires
L'efficacité des manuels scolaires est-elle prouvée ?
Pourquoi lutter contre la photocopie ?
Combien y-a-t-il de méthodes d'apprentissage de la lecture ?
Les livres de classe sont-ils conservateurs ou progressistes ?
Pourquoi et en quoi les manuels ont-ils changé depuis 30 ans ?
Pourquoi les manuels scolaires sont-ils taxés de 'sexisme" ?
Combien y-a-t-il de nouveautés par an ?
Les six grands éditeurs scolaires : Belin,
Bordas, Hachette,
Hatier, Magnard
et Nathan sont membres
de Savoir Livre. L'association a été créée en
1985.






Non, d'autres éditeurs publient des livres scolaires : c'est le cas
de Bertrand Lacoste, Bréal, Casteilla, Delagrave, Didier, Foucher,
Ophrys, Pierron, Retz, SED, SEDRAP par exemple.
Ils font partie, comme les éditeurs membres de Savoir Livre, du groupe
Enseignement du Syndicat national de l'Édition.
En aucun cas. Mais il est vrai que les éditeurs guettent la publication officielle des programmes pour que les manuels bénéficient d'un travail pédagogique approfondi et soient disponibles à la date d'application d'un nouveau programme. Le Syndicat national de l'Edition organise généralement avec le Ministère de l'Education nationale une rencontre entre les membres du groupe d'experts qui a conçu le programme et les éditeurs ou auteurs qui peuvent ainsi poser des questions, demander des éclaircissements.
La rédaction d'un nouveau programme - ou son actualisation - est décidée
par le Ministre de l'Education nationale, qui la confie à un groupe
de travail composé de chercheurs, d'inspecteurs, d'enseignants, de
formateurs...
Le projet de programme est ensuite mis en consultation auprès des enseignants.
Après prise en compte des observations du terrain, il est soumis pour
avis au Conseil supérieur de l'Éducation avant d'être
publié au Journal Officiel de l'Éducation nationale.
A voir : Edition d'un manuel
: le processus
Non. La conception et l'édition d'un ouvrage supposent un investissement
intellectuel et financier important :
- intellectuel : si les programmes changent souvent, les éditeurs sont
obligés de travailler dans la précipitation alors que le vrai
métier d'éditeur consiste à prendre le temps de travailler
un concept pédagogique, de le tester auprès des enseignants...
pour l'améliorer et l'enrichir.
- financier : un nouveau programme vient périmer d'un seul coup des
collections bien implantées, alors que le succès du nouveau
manuel n'est pas garanti...
Par ailleurs, si l'on considère que la 1e année - année
d'envoi de spécimens - est une année "blanche" sur
le plan économique, il faut plusieurs années de vente de l'ouvrage
avant que l'éditeur n'en dégage un bénéfice. Ils
n'ont donc pas avantage à ce que les programmes changent souvent.
Le renouvellement des manuels tous les 4 ans semble suffisant pour satisfaire les besoins des professeurs et des élèves : le matériel - quand il est utilisé- s'use, les manières d'enseigner évoluent, tout comme les données de certaines matières (notamment en sciences économiques, histoire et géographie), et les manuels doivent traduire ces évolutions. C'est aussi le moyen pour les enseignants de ne pas se lasser de leurs outils.
A titre d'exemple, les programmes du primaire ont changé à la rentrée 2002, les précédents dataient de 1995. Les programmes de 6e datent de 1996 ; ils ont été renouvelés en septembre 2005 pour les mathématiques, les sciences et la technologie seulement. Les programmes de Seconde datent de 2000.
Pour la mise en oeuvre d'un nouveau programme, les éditeurs disposent
généralement d'un délai de 12 mois entre la publication
d'un nouveau programme et la mise à disposition de l'ouvrage entre
les mains des élèves.
A consulter : Un calendrier
très serré
Ce qui n'empêche pas un travail de fond, commencé souvent en
amont, et qui peut élever la durée de réalisation d'un
manuel. Les manuels de langue, d'apprentissage de la lecture nécessitent
souvent un minimum de 2 à 3 ans. Il s'agit, en effet, de transposer
les résultats d'une recherche pédagogique en méthode
d'apprentissage.
Ils viennent d'horizons variés. On croit souvent que les auteurs sont
issus de l'Inspection de l'Education nationale. En réalité,
inspecteurs généraux, inspecteurs académiques, inspecteurs
de l'Education nationale représentent moins de 7% des auteurs et directeurs
de collection. L'éditeur a soin de constituer une équipe qui
peut comprendre :
- 1 ou plusieurs enseignant (s) pour sa connaissance de la classe
- 1 expert pour sa connaissance de la discipline
- 1 inspecteur de l'Education nationale pour sa connaissance du terrain
- 1 formateur en IUFM en qualité de pédagogue
S'il y a quelques années encore, les éditeurs recevaient quotidiennement des projets d'ouvrages proposés par des enseignants, aujourd'hui, ce n'est plus le cas et ils doivent souvent aller repérer leurs futurs auteurs sur le terrain. Les projets sont montés en équipe, testés. Ces différentes étapes de validation permettent de consolider la démarche pédagogique et de renforcer son adéquation aux attentes des professeurs..
En France, il n'existe aucun organe officiel d'habilitation des manuels.
Le Ministère de l'Éducation nationale n'intervient qu'en vertu
des articles 4 et 5 de la loi du 27/2/1880 qui reprennent l'article 5 de la
loi du 15/3/1850 pour interdire les manuels "contraires à la morale,
à la Constitution et aux lois".
La validation par le Ministère serait perçue comme une atteinte
à l'indépendance des éditeurs privés, et comme
une atteinte à la liberté pédagogique des enseignants
qui choisissent les manuels
A voir : Une
tradition républicaine : de J.Ferry à nos jours
L'envoi en masse de spécimens aux enseignants pour le lancement d'un
nouveau manuel peut être considéré comme un contrôle
qualité effectué par les praticiens.
Editer un manuel, c'est d'abord définir un projet pédagogique,
et choisir l'équipe avec laquelle l'éditeur va le réaliser
: enseignant-pédagogue, chercheur-expert, inspecteur, formateur.
L'éditeur est ensuite responsable du dialogue entre les membres de
cette équipe, de leur coordination : ils doivent en effet s'entendre
sur l'orde de présentation des notions, la part à leur consacrer
dans l'ouvrage, la manière d'aborder tel concept, le choix des documents
et de l'iconographie, les types d'activités à proposer... L'objectif
est d'arriver au meilleur service pédagogique aux enseignants et aux
élèves, dans un planning très contraint.
A voir : Les
métiers de l'écrit - l'éditeur scolaire
Le prix d'un livre de primaire est d'environ 10€, un livre de collège
: 15€, un livre de lycée : 25€. Ces prix s'entendent hors
remises pratiquées notamment lors des achats par les collectivités
locales, puisque le manuel scolaire est une exception à la loi sur
le prix unique du livre (dite loi Lang).
Les manuels français sont beaucoup moins coûteux qu'aux Etats-Unis
(il faut compter 28€ pour un livre de primaire) ou qu'en Suède
(19€). En Hollande, le livre d'un lycéen coûte plus de 45€.
Absolument pas. Les éditeurs publient livres et multimedia car ils
sont complémentaires :
- Le livre est un support de réflexion. Il structure les connaissances
et constitue l'instrument des apprentissages fondamentaux. Il permet une information
commune et l'accès de tous à un corpus de travail à la
maison. Il offre des points de repère aux élèves, aux
enseignants, aux parents...
- Le multimédia favorise la découverte, développe l'autonomie,
permet de larges recherches, stimule la curiosité et incite à
passer rapidement d'un sujet à l'autre.
Les éditeurs consacrent au développement du numérique
des budgets significatifs en recherche et développement, mais la vente
de ces produits ne correspond pour l'instant qu'à une part extrêmement
réduite de leur chiffre d'affaires. En effet, le marché du numérique
éducatif est estimé à 8 à 10 millions d'euros
actuellement.
A voir : Jalons
pour une édition numérique
Oui, il suffit de regarder les conclusions de l'étude de Savoir Livre
publiée sous le titre "Des
manuels et des maîtres" (Belin) :
De 1995 à 1999, les éditeurs de Savoir Livre ont doté
tous les élèves de 63 classes des manuels que leurs enseignants
ont choisis. Il s'agissait de classes allant du CP au CM2 à Paris,
en Ile-de-France et en province. Les éditeurs ont ensuite confié
à l'IUFM de Paris le soin d'interroger les enseignants à la
fin de l'expérience. Conclusions : Travailler avec des manuels permet
aux enfants de développer leur autonomie (66%), de réaliser
un meilleur travail (68%), de mieux réussir (68%).de faire moins de
photocopies (78%) Comment expliquer de tels résultats ?
Pour l'enfant, le livre est un objet qui symbolise l'accès au savoir.
Avoir un livre donne envie de découvrir, d'apprendre, d'entrer dans
un monde dont il est jusqu'alors exclu. C'est une ouverture sur d'autres façons
de vivre, de penser, qui va lui permettre de réfléchir et de
se situer.
Pour l'enseignant, c'est disposer d'un support qui permet de diversifier sa
pédagogie, de disposer de documents attrayants, de s'adresser aux enfants
de manière différente selon leurs niveaux.
L'Inspection générale de l'Education nationale est arrivée
aux mêmes conclusions suite à ses enquêtes de terrain.
A voir : Elèves,
professeurs, parents : tous gagnants
L'excès de photocopies est néfaste pour plusieurs raisons :
- une raison pédagogique :
Le texte photocopié est souvent un extrait qui s'intègre mal
au cahier de l'élève. Distribué au coup par coup, de
qualité souvent médiocre, plus ou moins bien collé dans
le cahier, il n'offre pas à l'élève la progression structurée
qu'apporte un manuel, les repères des couleurs. Sa nature est mal identifiée
(résumé, introduction...). La page isolée d'un livre
est comme un extrait de film dont on n'aurait pas vu le début et dont
on ne pourrait pas toujours voir la suite
Par ailleurs, avec des photocopies distribuées au jour le jour, l'élève
est tributaire du maître et de la classe alors qu'avec un manuel au
contraire, l'enfant gagne en autonomie, il va à son pas : avance ou
au contraire revient en arrière.
C'est pourquoi, le livre est, selon les pédagogues, les chercheurs
et les praticiens, indispensable dans la scolarité pour structurer
les savoirs, faire le lien entre l'école et la famille, et former des
citoyens responsables et libres de leur jugement.
-
une raison juridique : le manuel est une création relevant du Code
de la Propriété intellectuelle. Sa reproduction pour une utilisation
collective est réglementée. A consulter : le site du Centre
Français d'exploitation du droit de Copie.
- une raison économique : Le coût par page est élevé. Au prix du papier, il faut ajouter celui de l'achat et de l'entretien du photocopieur. Dans la durée, le total dépasse souvent celui de l'achat d'une série de manuels pour la classe.
- une raison éthique : à l'heure de la protection de l'environnement, il faut rappeler que plus de 20% des arbres abattus le sont pour le papier. Par ailleurs les photocopieurs consomment de l'énergie et les cartouches d'encre doivent être recyclées car elles sont très polluantes.
On lit périodiquement dans la presse qu'il y a 150 méthodes de lecture. En réalité, une cinquantaine sont utilisées dans les classes de France, dont certaines ont été éditées il y a plus de trente ans.
" Ce que l'homme apporte dans le ménage serait bientôt gaspillé
sans profit si la femme n'était pas là pour distribuer, conserver,
ménager ".
Cette phrase d'un manuel de lecture publié il y a plus d'un siècle
peut faire bondir... Pourtant, elle n'étonnait personne en 1896.
Travail, famille, patrie. Après la deuxième guerre mondiale,
les livres scolaires sont encore marqués par la vision d'une France
traditionnelle, rurale et nationaliste. Ils s'en affranchissent à la
fin des années 60. La société change, les manuels aussi.
À partir de 1970, en réaction contre les décennies précédentes,
on verra même " maman fumer la pipe " et " papa faire
la vaisselle ".
Aujourd'hui, les livres de classe affichent davantage de sérénité
et d'équilibre.
Est-ce à dire qu'ils ont atteint une parfaite objectivité ?
Sans doute pas. Le manuel reflète toujours une époque et des
choix pédagogiques. Inscrit dans son temps, il en véhicule les
valeurs.
Mais il faut reconnaître qu'auteurs et éditeurs ont déclaré
la guerre aux stéréotypes, dans les textes comme dans les illustrations.
Hommes et femmes, jeunes et vieux, noirs et blancs...
Les ouvrages actuels veillent à rendre compte de la diversité
du monde. Une exigence qui réclame la plus grande attention, notamment
quand il s'agit de rédiger les consignes des exercices.
À cette étape de leur travail, les auteurs risquent parfois
d'oublier que, là aussi, ils transmettent une certaine image de la
société. Ainsi l'auteur d'un livre de grammaire, s'est-il vu
reprocher d'utiliser presque toujours le pronom personnel " il ",
au lieu d'alterner avec " elle "... et pourtant l'auteur était
une femme.
Les livres scolaires ont changé parce que les enfants, les classes et la pédagogie ont changé :
Peut-être plus curieux, plus actifs mais aussi moins patients, ils ont découvert le "zapping" notamment avec la télévision.
Elles se composent d'enfants d'origines et de milieux sociaux très divers. Pour répondre aux besoins de chaque enfant, les enseignants s'orientent vers des pratiques pédagogiques différenciées. Le manuel doit les y aider.
Autrefois, les leçons étaient apprises par coeur. Maintenant, les enfants ne font pas simplement travailler leur mémoire, mais acquièrent des savoir-faire et des méthodes. De nombreux documents permettent à l'élève d'être actif, de construire lui-même ses connaissances.
Les manuels ont donc dû évoluer : S'ils sont toujours structurés, clairs et attrayants, ils sont construits de façon moins linéaire. En moyenne l''iconographie occupe environ 50 % du contenu d'un manuel car les images sont devenues un moyen d'entrer dans le texte, de mieux le comprendre.
Le manuel reflète toujours les valeurs d'une époque. Après
la deuxième guerre mondiale, les livres scolaires étaient encore
marqués par la vision d'une France traditionnelle, rurale et nationaliste.
Ils s'en sont affranchis à la fin des années 60.
Ainsi, l'image de la femme dans les manuels a suivi l'évolution de
son statut dans la société : intégration dans la vie
active, redéfinition des rôles familiaux, reconnaissance de l'égalité
des droits... mais cette évolution est lente et les stéréotypes
sont profondément ancrés dans les mentalités. Aussi le
politique s'inquiète-t-il régulièrement de la question
:
- En 1997, deux parlementaires (Simone Rignault et Philippe Richert) se sont
penchés sur la présentation des hommes et des femmes dans les
livres scolaires, soulignant que l'évolution des manuels était
favorable.
- En 2000, Ségolène Royal, alors ministre de l'Éducation
nationale, a demandé au Conseil National des Programmes d'étudier
la place des femmes dans les programmes.
- En 2004, l'historienne Annette Wieviorka a rendu au Conseil économique
et social un rapport sur la place pour les femmes dans l'histoire enseignée.
Elle constate que cette place est limitée et contraste avec la richesse
et les publications en matière d'histoire des femmes. Elle recommande
une sensibilisation à la question :
- au cours de la formation des enseignants en IUFM ou au cours de stages de
formation
- dans les documents d'accompagnement des programmes rendant compte des résultats
des recherches historiques
- par l'édition d'outils (manuels de textes par exemple) permettant
aux enseignants de nourrir leurs cours.
- En juin, 2005, l'Observatoire de la Parité entre les femmes et les
hommes publie un rapport sur les "effets directs et indirects de la loi
du 6/06/2000 : un bilan contrasté".
Il reste donc des progrès à faire et la vigilance des éditeurs est toujours en alerte : les stéréotypes ont la vie dure et c'est en montrant la contribution des femmes dans la vie politique, économique, sociale et culturelle, que les manuels les combattent, jouant ainsi leur rôle dans l'éducation et dans la formation du citoyen.
En 2001, l'édition scolaire comptait 5251 titres dont 1750 nouveautés.
En 2002, 5135 titres dont 1699 nouveautés.
En 2003, 5 068 titres dont 1487 nouveautés.
(source : SNE)